2008-2108 accueil 25/02/07

Québec 2008-2108:
Notre position géopolitique

Notre ville est située à la limite nord-est des terres-basses du St-Laurent, la partie oekoumène de la province, un territoire d’environ 20 mille kilomètres carrés sur les 1,5 million que compte le Québec. Pour comparaison, la Belgique en compte pour tout 30 mille et la Hollande 40 mille. Par rapport à l’Amérique du Nord, Québec est beaucoup plus située proche de la Nouvelle-Angleterre, en passant par Montréal, qu'à l'est de Toronto et d’Ottawa, que dire de Winnipeg, Regina, Calgary, Edmonton ou Vancouver ou à l’ouest de Moncton, Charlottetown, Halifax ou St-John’s.

À cette extrémité des terres basses du Saint-Laurent, la ville de Québec ne sera jamais un centre économique important, le développement étant beaucoup plus facile à réaliser à leur centre. Son importance qui date de sa fondation, de l’Acte de Québec et de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique est décroissante depuis. Son avenir s’annonce modeste à moins d'efforts herculéens, donc improbables. Il est lié à sa fonction de capitale et à ce sujet il est fondamental de s’interroger sur l'évolution possible de ce statut au cours du prochain siècle. En clair, Québec demeurera-t-elle la capitale d’une province ou deviendra-t-elle la capitale d'un État souverain.

Sans aller jusqu’à dire que le passé est garant de l’avenir, parce que chaque cas à ses caractéristiques, il convient d’examiner comment le statut d’État a été acquis dans d’autres pays comportant des ressemblances. En 1994, J. R. M. Sauvé, un militaire, géographe spécialisé en géopolitique et en polémologie nous a fait don d’un travail de recherche unique sur le sujet, Géopolitique et avenir du Québec. Je vous en fournis quelques morceaux choisis, complétés de commentaires. Pour enrichir d’éléments d’information plus récents, mars 2006, je vous livre aussi l’essentiel d’une présentation Power Point de Jean-François Lisée intitulée Pourquoi la souveraineté est probable.


Éléments d’histoire de géographie et d'ontologie

“S’il faut comparer le cas du Canada et du Québec avec un autre endroit du monde afin de déterminer des analogies valables, c’est bien avec la Scandinavie qu’il convient de le faire. En effet, la Scandinavie se tient comme un continent à part au nord de l’Europe. Le Canada est un continent à part au nord des Amériques. Il en a les caractéristiques: immensité, entouré de trois océans, gigantisme des régions physiographiques d’une part, et de l’autre, des masses d’air qui dominent l’ensemble. D’une superficie totale dépassant 10 millions de kilomètres carrés, seulement 1 % est oekoumène et 85 % inhabitable, le reste étant habitable mais anoekoumène, ce qui signifie que l’organisation d’économies de grandes puissances, ou macro-économies, ne cadre pas avec les réalités du territoire. Comme en Scandinavie, le développement économique est affaire de régions qui tendent naturellement vers la diversité et l’autonomie à mesure qu’elles progressent. Les populations des pays nordiques aux hivers longs et glacés ne peuvent souffrir la dépendance dangereuse qui résulte d’inféodations à des puissances étrangères même à la région. Les décisions politiques et économiques doivent se prendre sur place et en fonction d’intérêts locaux et régionaux. Si l’indépendance est l’aptitude et la capacité de choisir ses dépendances, c’est en milieu nordique et périphérique qu’elle s’impose davantage comme un impératif. C’est donc une erreur politique majeure que de chercher à inféoder ces pays à un État centraliste et unitaire, plus apte à basculer dans l’inertie et l’entropie qu’à favoriser le développement de régions capables d’autonomie interne et, la diversification économique aidant, d’indépendance, de prospérité confortable et d’une honnête aisance qui exclut les richesses ostentatoires. L’histoire a enseigné aux populations scandinaves de dures leçons dont le Québec et le Canada pourraient profiter.

Chacun des cas mentionnés précédemment - Danemark, Suède, Hollande, Portugal et Norvège - constitue un État construit à partir d’un territoire qui offre beaucoup moins d’opportunités que celui du Québec. La preuve, c’est qu’en deux siècles seulement, les colons de Nouvelle-France, officiellement dépossédés de tout territoire et de tout statut territorial par le traité de Paris du 10 février 1763, dépossédés également par l’hostilité anglaise, ont non seulement reconquis un espace immense et apte à leur donner un État viable, mais il en ont fait leur foyer national, lequel n’est obstinément pas reconnu comme tel par le gouvernement fédéral qui s’entête à ignorer le Québec pour ce qu’il est, soit un État de facto appelé à devenir État de droit (de jure). À moins que l’armée ne soit envoyée au Québec pour tout détruire, cela va se produire. Alors pourquoi refuser de reconnaître simplement ce qui est déjà là; la souplesse manifestée envers le Québec sera la preuve d’une intelligence des réalités. Cette résistance et cette obstination farouches à nier le Québec comme foyer national d’un peuple apte à constituer son propre État doivent être maintenant examinées, non pas pour ses fins sensationnalistes, mais selon la discipline rigoureuse de la géopolitique, laquelle est une science des contextes. Il faut situer les refus et les blocages dans l’espace et dans le temps historique, puis apprécier froidement mais passionnément le jeux des intérêts et des rapports de force en cause et par ce moyen, trouver les ouvertures dont il sera possible de profiter.” p. 202-203.

“Contrairement à un cliché répandu et tenace, nous, habitants et descendants des colons de Nouvelle-France, ne sommes ni “plongés” ni “noyés” dans une mer anglo-saxonne. Si nous l’étions, il y a longtemps que nous aurions cessé d’exister. Comme beaucoup de nations de petite ou moyenne taille, notre territoire est localisé en dehors des centres de gravité, points nodaux et principaux axes des États voisins souvent plus gros. Tel est le cas par exemple du Portugal, de la Hollande, de la Belgique, de la Suède, de la Finlande, du Danemark, de la Norvège, de la Suisse, des Émirats Arabes du golf Persique, de la Birmanie, du Laos, du Cambodge, du Viêt-nam, de Singapour et de la Corée. Ces États disposent souvent de territoires beaucoup plus petits que celui du Québec, avec des richesses naturelles beaucoup moindre et des populations assez faibles numériquement... Les caractéristiques de leur territoire ont rendu leur devenir et leur destin possibles et ces peuples se sont maintenus, souvent en dépit de grandes épreuves.” p. 4 et 5

Le Canada donc est un continent. “Quelles que soient les formes constitutionnelles et juridiques qui seront adoptées après que le fédéralisme centralisateur et unitaire aura été éliminé, les Québécois, Ontariens, Albertains et tous les autres resteront canadiens de la même manières que les Suédois, Norvégiens, Danois et Islandais sont resté scandinaves après le démantèlement final de l’Union de Kalmar qui avait soi-disant été fondée pour s’opposer puissamment aux commerçants hanséatiques. Dans la mesure où il coïncide avec l’espace géographique, l’espace économique ne change guère et l’identité canadienne demeurera une référence continentale. Mais le Québec doit décider à se faire reconnaître État de droit et nation, ce qu’il est déjà dans les faits, peu importe qu’on l’accuse de séparatisme ou non.” p. 322.

“La politique est une question d’intérêts et de rapports de force”, nous répète sans relâche J. R. M. Sauvé. La configuration actuelle du Canada relève beaucoup des années 1763, 1774, 1791, 1840 et 1867, époques où les intérêts de Britanniques à l’endroit de l’Amérique du Nord ont vaincus ceux des Français en 1763 puis ceux des Américains en 1812. Les Canadiens séparés en 1791 puis réunis à nouveau en 1840 ont pris ensuite leur destinée en main pour écrire l’Acte de l’Amérique du Nord britannique en 1867.

Depuis 30 ans, la population canadienne croît surtout par son immigration. Des humains d’autres nations viennent s’ajouter à nous, ceux des premières, ceux des deux suivantes et ceux des autres. Les échanges commerciaux se font davantage nord sud qu’est ouest, pensez au pétrole dans l’ouest et à l’électricité dans l’est. L’évolution du Canada au cours du prochain siècle se fera au gré de l’épuisement mondial du pétrole, de la migration des capitaux, de l’industrie et des personnes, du réchauffement de la planète, de l’évolution de la démographie mondiale où les espanophones, les Africains et les musulmans se multiplient encore alors que les populations de l’occident stagnent ou décroissent.

Une chose a changé l’automne dernier de ce qu’a écrit Gagné avant 1994: suite à une proposition inattendue et opportuniste d’un premier ministre minoritaire, le Parlement fédéral a fait voté que les Québécois formaient une nation. À part ça, pour l’essentiel, ce qu’a écrit M. Sauvé reste vrai, le Canada est un continent, le Québec un foyer national et la ville de Québec, notre ville, sa capitale. Alors, inutile de se le cacher, Tex Lecor dirait de cacher l’école pour ne pas y aller, le prochain siècle de Ville de Québec sera fortement lié au statut du Québec. Province ou État avec la majuscule ? Comme pour le tramway, la réponse n’est pas oui ou non mais quand. Est-ce que ce sera ce siècle-ci comme pour le tramway ou un suivant.


Autres éléments politique démographique, juridique et linguistique

Il n’y a pas que la géographie, l’histoire et le goût d’Être à prendre en compte pour le devenir du Québec, il y a aussi d’autres variables dont l’ordre de grandeur de la montée du souverainisme au Québec depuis 30 ans, l’insuffisance de l’engendrement pour maintenir la population de souche depuis la même durée, le rapatriement de la constitution en 1982, le déséquilibre fiscal entre Québec et Ottawa et la non-réalisation du bilinguisme à la Trudeau. Voici quelques extraits tirés de la présentation de Jean-François Lisée, cités ou résumés en commençant par la souveraineté.

“Le Québec est au porte de sa souveraineté. L’idée ne cesse de progresser depuis 35 ans. Et depuis 1995, malgré l’offensive tous azimuts du gouvernement fédéral ce grand projet jouit encore d’une base solide, tous les sondages indiquant un appui qui oscille autour du 46 %.” “Mais il ne faut pas... se bercer d’illusions sur l’inévitabilité de la souveraineté. Les progrès de la souveraineté ne sont pas constants.”

Aux sondages, l’appui oscille autour mais ne dépasse pas le 50 % depuis 1994. De 1990 à 1993, après l’échec du Lac Meech, des sondages Léger et Léger avaient atteint 67, 64, 58 et 55 %.

Le déclin démographique. Jean-François reprend un graphique de son livre qui expose que la population du Québec atteindra un sommet vers 2030 à 7,8 millions pour décroître ensuite régulièrement au rythme de 300 mille par décennie (p. 213). En 2100, nous ne serions plus que 5,9 millions. Les plus âgés se souviennent peut-être qu’en 1763, le Québec constituait 100 % de la population du Canada. En 1841, l’année suivant L’Acte d’Union, il en constituait encore la majorité, 59 %. Quatre ans après l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, en 1871, il n’en compte plus que 32 %. En 1931, le poids du Québec réduit encore à 28 %, en 1996, à 25 % et en 2002 à 24. Si le passé est garant de l’avenir, Mme Boucher, M. Lisée nous prédit que le poids démographique du Québec dans le Canada diminuera à 20 % en 2025, à 17 % en 2050, à 14 % en 2075 et à 11 % seulement en 2100.

Le déséquilibre fiscal. Un autre point auquel M. Lisée nous sensibilise dans sa présentation est celui des budgets de nos gouvernements fédéral et provincial. De 2003 à 2007, il révèle qu’il faut s’attendre à un déficit à peu près constant d’année en année pour le gouvernement du Québec contre un surplus de plus en plus grand pour celui d’Ottawa. Si la tendance se maintient, en 2019, le Québec balancerait dans le rouge à hauteur de 5 milliards alors qu’Ottawa serait au dessus de ses affaires à hauteur de 87 milliards. Ce qui lui fait dire: “Le déséquilibre fiscal au détriment du Québec va provoquer: graduellement, le pouvoir politique et économique concentré à Ottawa va susciter une grogne constante sur la capacité du Québec à faire ses choix; ponctuellement, des clashs vont apparaître sur des projets et des sujets précis, dont la santé et l’éducation.”

La Cour Suprême. “Le travail de la Cour suprême au détriment du Québec va provoquer graduellement, une érosion de la capacité du Québec de faire des choix législatifs et ponctuellement, une future Cour suprême invalidant les clauses d’éducation de la loi 101 va provoquer une crise majeure. (C’était la prédiction de Stéphane Dion en 1992)”

Le déclin du français hors-Québec. De décennies en décennies depuis 1951, d’un recensement à l’autre, le tableau 20 de la présentation illustre que l’usage du français hors-Québec décline (p. 135 dans le livre). Alors que le % de ces Canadiens capables de soutenir une conversation assez longue sur divers sujet en français ne décroît que de 8,2 en 1951 à 7,6 % en 2001, le % de ceux dont la langue maternelle est le français tombe de 7,3 à 4,5; de 1971 à 2001, le pourcentage de Canadiens hors-Québec utilisant le français à la maison chute de 4,3 à 1,9. Le rêve porté par Trudeau d’un Canada bilingue ne se réalise pas. En Colombie-Britannique, plus de Canadiens ont le chinois 31 %, le pendjabi 12 % et l’allemand 9 % comme langue maternelle que le français 6 %. Au Canada hors-Québec, en 2001, plus de Canadiens ont le français, 17 %, comme langue maternelle que le chinois 15 %. Est-ce encore le cas en 2006 ?

Jean-François Lisée pense que le déclin du français hors-Québec va provoquer un choc linguistique: graduellement, un climat de rejet de la loi des langues officielles; ponctuellement, et inévitablement, une révision à la baisse de la loi des langues officielles, qui peut provoquer une crise majeure. L’abandon des langues officielles est fortement perçu dans le public québécois comme un changement majeur assez négatif ou très négatif dans la nature du Canada.

En somme, Jean-François Lisée titre que la souveraineté d’ici 100 ans est probable parce que des événements financiers, démographiques, linguistiques et juridiques vont faire que le désir que Québec devienne un pays va revenir au dessus du 50 %. Quand ça surviendra, si un gouvernement souverainiste est au pouvoir, le Québec demandera à être reconnu comme pays et alors Ville de Québec deviendra la capitale d’un État avec la majuscule.



Robert Lachance
01/03/07

Ron Lamb, un Ontarien, devant un SELECT COMMITTEE ON ONTARIO IN CONFEDERATION.
Cent ans, c'est long !
Qu'esse t'en penses Ti-Guy ?
          Robert Charlebois

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