2008-2108
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Québec 2008-2108:

dépeuplement ou peuplement ?

 
 
Monsieur le Président;
 
Mme Andrée Boucher,
mairie de Québec;
 
Mmes et MM. André Letendre, Marie-France Trudel, Lisette Lepage, Caroline Bégin-Giroux et Marc Simoneau,
arrondissement Beauport;
 
Mme et MM. Jean-Marie Laliberté, Denise Trudel, Ralph Mercier, Gilles Marcotte et Michel Fecteau,
arrondissement Charlesbourg;
 
Mmes et MM. Louise Lapointe, Jacques Joli-Coeur, Ann Bourget, Yvon BussiĂšres et Pierre Maheux,
arrondissement La Cité;
 
Mmes et M. Alain Loubier, Anne Beaulieu, Ginette Picard-Lavoie et Anne Létourneau,
arrondissement Limoilou;
 
MM. Steeve Verret, Jacques Teasdale, Raymond Dion et Pierre Blouin,
arrondissement La-Haute-Saint-Charles;
 
Mme et MM. Jean-Marie Matte, Guy Perrault, Conrad Verret et Denise Tremblay-Blanchette,
arrondissement Laurentien;
 
MM. Gérald Poirier, Richard CÎté, François Picard, Patrick Paquet et Patrick Huot,
arrondissement Des RiviĂšres;
 
Mme et MM. Francine Bouchard, JérÎme Vaillancourt, Paul Shoiry, André Demers et Gérard Landry,
arrondissement Sainte-Foy-Sillery;
 
 
En dĂ©but d’annĂ©e 2006 Mme Boucher, concernant le peuplement de QuĂ©bec, vous m’aviez rĂ©pondu ici que “l'immigration ça ne concerne pas surtout le municipal”. À la sĂ©ance du Conseil du 19 juin dernier, je vous ai posĂ© en rĂ©sumĂ© la question qui suit: “... Si on ne retient pas l'immigration comme Ă©tant de juridiction municipale, est-ce que l'engendrement, la longĂ©vitĂ©, la lutte Ă  l'exode, la rĂ©sidence non permanente sont des questions qui relĂšvent du municipal.”
 
Vous m’avez rĂ©pondu ceci: “franchement, monsieur, je ne saisis pas exactement le sens de votre question. Je la trouve particuliĂšrement complexe. Alors, il faudrait revenir me l'expliquer. Je ne pense pas que l'on Ă©labore ici ce soir une thĂ©orie sur l'immigration. J'aimerais mentionner que mĂȘme si depuis quelques annĂ©es les municipalitĂ©s s'occupent d'immigration, ça a toujours Ă©tĂ© une responsabilitĂ© de juridiction fĂ©dĂ©rale. Le provincial s'est battu pour rentrer dans ce champ de juridiction. Aujourd'hui, il semblerait que le provincial a tendance Ă  vouloir faire faire une partie du travail par le municipal. C'est certain que tout le monde a de grands objectifs mais entre ça et dire qui doit faire quoi, Ă  chacun de dĂ©cider.”
 
J’ai apprĂ©ciĂ© la suggestion de Mme Boucher M. le PrĂ©sident et je viens lui expliquer ma question Ă  Communications Ă©crites au conseil, pour plus d’espace et de libertĂ© qu’à La pĂ©riode de question des citoyens. Je retiens presque exclusivement la dimension engendrement de ma question.  je me permets un prĂ©ambule, un tĂ©moignage, une exposition de faits statistiques substantiels et quelques commentaires.
 
Mon intĂ©rĂȘt pour le peuplement de QuĂ©bec remonte Ă  l’an 2000, plus prĂ©cisĂ©ment Ă  la lecture de Sortie de secours de Jean-François LisĂ©e dont le sous-titre du livre est Comment Ă©chapper au dĂ©clin du QuĂ©bec. Ses chapitres 7 et 8 sont instructifs et inspirants pour l’avenir. J’ai particuliĂšrement Ă©tĂ© impressionnĂ© par le paragraphe qui suit. Ce qui s’y lit vaut pour le QuĂ©bec mais vaut pour la rĂ©gion de QuĂ©bec particuliĂšrement oĂč se trouvent une universitĂ© et plusieurs cĂ©geps.
            
"Ouvrir une nouvelle Úre d'immigration francophone. Il faut passer à une politique de recrutement d'immigrant francophone. On se dirige vers une désertification des collÚges et des universités. BientÎt, de 150 à 300 mille places dans les collÚges, les universités, les lieux de formation professionnelle ou technique seront vacantes dans une société qui fonde sa richesse sur le savoir. Pourquoi ne pas les offrir à des immigrants francophones de 17 à 29 ans pour améliorer le taux de natalité, maintenir le produit intérieur brut, et surtout, corriger par l'addition de jeunes la pyramide des ùges québécoise, tristement mal en point. Certes, la mesure ne serait pas suffisante pour maintenir le poids des francophones dans le Canada mais le serait pour celui des francophones au Québec. L'infusion de jeunesse et d'énergie ferait plus pour le tonus québécois que n'importe quel appel à la mobilisation."
 
Mon intĂ©rĂȘt pour le peuplement a considĂ©rablement grandi aprĂšs avoir lu NaĂźtre ou ne pas ĂȘtre, 1989, de l’économiste dĂ©mographe universitaire polĂ©miste fĂ©dĂ©raliste Jacques Henripin. Son oeuvre professionnelle et patriotique m’a fait comprendre la gravitĂ© de la situation. Les rĂ©volutionnaires tranquilles ont plongĂ© le QuĂ©bec dans un trou dĂ©mographique sans prĂ©cĂ©dent en jetant le bĂ©bĂ© avec l’eau du bain, en particulier dans notre rĂ©gion, dont la ville de QuĂ©bec. Sa page 162 fonde mes apprĂ©hensions, j’ai annexĂ©e en page 9.
 
Essentiellement, le tableau qui s’y trouve expose que la population du QuĂ©bec, sans migration, sera de 8,423 millions, 4, 881, 2,843 ou 2,050 en 2086 selon que le taux de fĂ©conditĂ© ou d’engendrement de maintenant Ă  cette date se stabiliserait Ă  2,1, 1,8, 1,4 ou 1,2. Au cours des 20 derniĂšres annĂ©es, l’engendrement a Ă©tĂ© d’environ 1,5 en moyenne au QuĂ©bec, 1,3 Ă  QuĂ©bec. À ce taux, sans migration, la population du QuĂ©bec commencerait Ă  dĂ©cliner d’ici une dizaine d’annĂ©es, celle de QuĂ©bec quelques annĂ©es plus tĂŽt. Je parle de dĂ©clin en nombre. En dynamisme et vigueur, la population dĂ©cline dĂ©jĂ  sans doute depuis une vingtaine d’annĂ©es au moins.
 
 
 
TABLEAU 1. Population future du Québec (2008-2108) suivant diverses descendances finales (nombres en milliers) La vie moyenne atteint 79,5 ans en 2010 et reste ensuite à ce niveau. Il n'y a pas de migration. Adaptation du tableau 8 de Jacques Henripin.
 
année
1,2
1,4
1,8
2,1
1,5
1986
6 754
6 754
6 754
6 754
6 754
2006
6 953
7 065
7198
7 626
7 165
2008
7 750
7 750
7 750
7 750
7 750
2018
7 362
7 715
7 750
8 060
7 595
2028
6 699
6 991
7 517
8 181
7 215
2038
5 829
6 292
7 351
8 132
6 710
2048
4 838
5 474
7 066
8 099
5 972
2058
4 015
4 763
6 572
8 099
5 315
2068
3 333
4 143
6 375
8 132
4 730
2078
2 766
3 605
5 928
8 152
4 210
2088
2 296
3 136
5 513
8 172
3 747
2098
1 906
2 728
5 127
8 172
3 335
2108
1 582
2 373
4 769
8 172
2 968
 
En 1986 la population Ă©tait de 6,754 millions. En 2006 elle serait de 7,650 millions. En gros, l’augmentation est composĂ©e d’un excĂ©dent de 350 000 naissances sur les dĂ©cĂšs et d’un apport migratoire de 550 000 personnes. Nous approchons de l’annĂ©e ou le nombre des dĂ©cĂšs Ă©galera le nombre des naissances, Ă©liminant du coup un facteur de croissance. De 1986 Ă  2000, l’indice synthĂ©tique de fĂ©conditĂ© a Ă©tĂ© de 1,53 en moyenne.
 
Dans ce contexte, que deviendra la population de l’agglomĂ©ration de QuĂ©bec ? En supposant un dĂ©clin un peu plus prononcĂ© que celui de l’ensemble de la province, ce que je trouve rĂ©aliste vu ce qui se passe depuis 1850, la population de l’agglomĂ©ration augmentera encore pendant quelques annĂ©es puis dĂ©clinera. En supposant qu’elle atteigne 535 mille en 2008 et en adoptant les taux de dĂ©clin d’Henripin Ă©noncĂ©s en annexe, sans migration, nous aurons les populations en derniĂšre colonne:
 
 
 
 
TABLEAU 2. Population future de l’agglomĂ©ration de QuĂ©bec (2008-2108) suivant diverses descendances finales (nombres en milliers) La vie moyenne atteint 79,5 ans en 2010 et reste ensuite Ă  ce niveau. Il n'y a pas de migration. Adaptation du tableau prĂ©cĂ©dent.
 
année
1,2
1,4
1,8
2,1
1,3
1986
465/477
465/477
465/477
465/477
465/477
2006
530
530
530
530
530
2008
535
535
535
535
535
2018
508
519
535
556
513
2028
463
483
519
565
473
2038
402
434
488
561
418
2048
334
378
459
559
356
2058
277
329
431
561
303
2068
230
286
405
564
258
2078
191
249
381
564
220
2088
158
216
358
564
187
2098
131
188
337
564
159
2108
109
164
316
564
136
 
La population de l'ex-CommunautĂ© urbaine de QuĂ©bec (CUQ) au recensement de 1986 Ă©tait de 465 mille selon un document produit le 18 dĂ©cembre 2001 par l'Institut de la statistique du QuĂ©bec. Le mĂȘme document fournit un deuxiĂšme nombre, 477 mille comme estimation plus exacte de la mĂȘme population.
L’indice d’engendrement de l’ex-CUQ de 1986 Ă  2006 a baissĂ© progressivement d’environ 1,5 Ă  1,2. La derniĂšre colonne retient donc 1,3 comme indice moyen Ă  travers le siĂšcle. Pour un portrait plus rĂ©aliste, il faut ajouter la migration. À ce sujet au cours des 20 derniĂšres annĂ©es, il y a eu des hauts et des bas en nombre et en rĂ©tention mais la migration a Ă©tĂ© positive en moyenne de 2000 personnes par annĂ©e, principalement grĂące Ă  l’ inter-rĂ©gionale. C’est cette arrivage des rĂ©gions qui masque la rĂ©alitĂ© du sous-engendrement comme fait remarquer le dĂ©mographe Simon Langlois dans Le choc dĂ©mographique.
À l’intĂ©rieur de l’agglomĂ©ration, que deviendra la population dans chaque arrondissement ? En supposant que l’implosion les touche Ă©galement, et que St-Augustin et L’Ancienne-Lorette reviennent au bercail, selon une estimation fondĂ©e sur les chiffres du site de la ville datant de 2001, augmentĂ©s de 1,053 % pour 2008, voici:
 
Beauport
1,2
1,4
1,8
2,1
1,3
2008
76 669
76 669
76 669
76 669
76 669
2108
15 614
23 518
45 366
80 704
19 509
 
Il faut comprendre qu’en 2008, la population de dĂ©part est de 76 669. 100 ans plus tard, s’il n’y a pas eu de migration et que le taux d’engendrement a Ă©tĂ© de 1,2, la population a  sombrĂ© Ă  15 614. Si le taux a Ă©tĂ© de 1,4, elle a chutĂ© Ă  23 518. Si le taux a Ă©tĂ© de 1,8, elle a implosĂ© Ă  45 366. À un taux de 2,1, elle a lĂ©gĂšrement augmentĂ© Ă  80 704. À un taux moyen de 1,3, celui des 20 derniĂšres annĂ©es, la population aux 500e dans Beauport ne sera que de 19 509 personnes. Pour les 7 tableaux qui suivent, l’interprĂ©tation de leurs chiffres se fait selon l’exemple du premier.
 
Charlesbourg
1,2
1,4
1,8
2,1
1,3
2008
74 036
74 036
74 036
74 036
74 036
2108
15 079
22 710
43 808
77 933
18 839
 
La Cité
1,2
1,4
1,8
2,1
1,3
2008
65 402
65 402
65 402
65 402
65 402
2108
13 320
20 062
38 699
68 884
16 642
 
 
Limoilou
1,2
1,4
1,8
2,1
1,3
2008
47 364
47 364
47 364
47 364
47 364
2108
9 646
14 529
28 026
49 857
12 052
 
 
Haute-St Charles
1,2
1,4
1,8
2,1
1,3
2008
49 717
49 717
49 717
49 717
49 717
2108
10 126
15 251
29 418
52 334
12 651
 
 
Laurentien
1,2
1,4
1,8
2,1
1,3
2008
87 362
87 362
87 362
87 362
87 362
2108
17 793
26 798
51 693
91 960
22 229
 
 
RiviĂšres
1,2
1,4
1,8
2,1
1,3
2008
62 332
62 332
62 332
62 332
62 332
2108
12 695
19 120
36 883
65 613
15 861
 
 
Ste-Foy-Sillery
1,2
1,4
1,8
2,1
1,3
2008
72 036
72 036
72 036
72 036
72 036
2108
14 671
22 097
40 243
75 827
18 330
 
Je sens M. le PrĂ©sident que M. Simoneau se demande oĂč je veux en venir et j’y arrive.
Si je vous ai bien compris Mme Boucher, le provincial d’une Ă©poque rĂ©volue revendiquait des responsabilitĂ©s et ensuite donnait le travail Ă  faire au municipal sans faire suivre de financement. La loi 170 en fournirait un exemple. Son article 72 expose que la ville a des compĂ©tences, obligations et pouvoirs particuliers dont le dĂ©veloppement communautaire, Ă©conomique et social. À l’article 75 il y est Ă©crit que la ville doit Ă©laborer un plan relatif au dĂ©veloppement de son territoire. Un tel plan prĂ©voit notamment les objectifs poursuivis par la ville en dĂ©veloppement communautaire, Ă©conomique et social. Pour se conformer Ă  la loi, l’administration municipale 2001-2005 a rĂ©alisĂ© un plan directeur d’amĂ©nagement et de dĂ©veloppement (PDAD). Son comitĂ© exĂ©cutif l’a adoptĂ© le 27 mai 2005, le conseil l’a adoptĂ© Ă  son tour le 20 juin. Il est entrĂ© en vigueur le 9 aoĂ»t et a Ă©tĂ© publiĂ© le 6 octobre.
Quand on a Ă  coeur de: “BĂątir, en un mot, une ville pour “le monde”” comme c’était votre programme en 2001 Mme la Mairesse, ainsi que celui de M. Mercier, de Mme Lepage, de M. CĂŽtĂ©, de M. LalibertĂ© et de M. Shoiry, dans une telle entreprise, la population est Ă  la fois la ressource et la bĂ©nĂ©ficiaire, son nombre est dĂ©terminant. Si on a Ă  coeur comme Mme Bourget de bĂątir “une ville pour le monde et au goĂ»t du monde”, la population est encore Ă  la fois la ressource et la bĂ©nĂ©ficiaire, son nombre est aussi dĂ©terminant. Avec quelle attention a-t-on examinĂ© ce nombre dans le PDAD ?
 
Dans le document qui a Ă©tĂ© distribuĂ© Ă  la population pour les consultations publiques sur le PDAD, Construisons aujourd’hui la ville de demain, on parle d’une croissance dĂ©mographique modĂ©rĂ©e; en chiffre, la population passerait de 520 576 en 2001 Ă  543 200 en 2021. Si ce chiffre appartient aux perspectives dĂ©mographiques de l’Institut de la statistique, Ă©dition 2003, scĂ©nario A, sauf erreur, il est fondĂ© sur un taux d’engendrement de 1,5 plutĂŽt que 1,3 et suppose une migration de 2 000 personnes par annĂ©e. Je trouve alors que la population prĂ©vue est trop Ă©levĂ©e. Je suppose plutĂŽt un retour vers 526 mille Ă  1 700 migrants en moyenne par annĂ©e, sans augmentation du taux de fĂ©conditĂ©.
La loi 170 prĂ©voit par ailleurs en annexe VI, chapitre III, article 119, alinĂ©a 1, que “le schĂ©ma mĂ©tropolitain d’amĂ©nagement et de dĂ©veloppement (SMAD), ..., Ă©nonce pour l’avenir, une vision stratĂ©gique du dĂ©veloppement Ă©conomique, social et environnemental visant Ă  faciliter l’exercice cohĂ©rent des compĂ©tences de la CommunautĂ©. La loi prĂ©voit au mĂȘme article, alinĂ©a 3, que “le schĂ©ma mĂ©tropolitain dĂ©termine la densitĂ© approximative d’occupation du sol pour les diffĂ©rentes parties du territoire de la communautĂ©. L’alinĂ©a 6 de son cĂŽtĂ© stipule que le schĂ©ma mĂ©tropolitain d’amĂ©nagement et de dĂ©veloppement dĂ©finit les potentiels d’accueil des secteurs rĂ©sidentiels, commerciaux et industriels qu’il prĂ©voit compte tenu de la croissance prĂ©vue sur le territoire de la CommunautĂ© et de la planification du transport.
À ce sujet, sur le site de la CommunautĂ© mĂ©tropolitaine de QuĂ©bec, BĂątir Dans un mĂȘme esprit, j’ai lu qu’on retenait 530 mille pour population de l’agglomĂ©ration de QuĂ©bec en 2021. Le SchĂ©ma mĂ©tropolitain d’amĂ©nagement et de dĂ©veloppement (SMAD), serait mieux fondĂ©. Il n’est plus question de croissance modĂ©rĂ©e ou lente sur 15 ans mais de dĂ©passement d’un sommet et d’amorce d’une dĂ©croissance, non seulement en vigueur et dynamisme mais nombre.
Breaking news. Jean-François Cliche nous apprend dans Le Soleil du 26 septembre que de 2001 Ă  2021 la population de la CMQ passera de 698 Ă  738 mille. Pour l’agglomĂ©ration de QuĂ©bec, sur le site de la CMQ, septembre 2006, les derniers chiffres sont de 518 518 en 2001, 536 953 en 2011 et de 540 704 en 2021 suite Ă  une actualisation de l’Institut mais toujours avec le scĂ©nario A, 2003.
Dans le document prĂ©alable au PDAD, Portrait du territoire, on peut lire en page 28 et 29 les points saillants retenus en matiĂšre dĂ©mographique. Le paragraphe suivant m’a Ă©tonnĂ©: "Le rĂ©gime dĂ©mographique de croissance lente qui sera vraisemblablement celui de l’agglomĂ©ration de QuĂ©bec au cours des prochaines dĂ©cennies permettra de mettre davantage l’accent sur des objectifs de qualitĂ© de l’environnement, d’autant plus que cette croissance lente est accompagnĂ©e d’une scolarisation accrue de la population. Une politique d’amĂ©nagement qui rĂ©ussit Ă  conjuguer efficacitĂ©, Ă©quitĂ© et qualitĂ© de l’environnement contribue Ă  faire croĂźtre l’espĂ©rance de vie en bonne santĂ©, la bonne santĂ© Ă©tant peut-ĂȘtre le meilleur indicateur de qualitĂ© de vie."
 
On y parle de croissance lente plutĂŽt que modĂ©rĂ© aux cours des prochaines dĂ©cennies. Compte tenu de ce que j’ai exposĂ©, je ne crois pas Ă  une croissance pour plus d’une ou deux dĂ©cennies Ă  moins de migration internationale intense. Pour les autres dĂ©cennies, c’est l’implosion assurĂ©e. Le bassin oĂč s’approvisionne QuĂ©bec est en dĂ©clin, la concurrence sera plus forte. À l’institut de la statistique, si on propose maintenant un scĂ©nario de relance des rĂ©gions, c’est qu’on y oeuvre.
En passant, cĂŽtĂ© objectifs, quel charabia ! La qualitĂ© de l’environnement comme objectif municipal, ça va. Pour le reste, comprenez-vous comme moi que l’espĂ©rance de vie en bonne santĂ© serait l’objectif oĂč que la qualitĂ© de vie serait l’objectif ? Pour avoir lu la Loi 170, je n’ai pas retenu que le provincial s’était dĂ©chargĂ© de ces matiĂšres sur le municipal. Si on a retenu la longĂ©vitĂ© comme facteur de peuplement, j’aurais prĂ©fĂ©rĂ© que l’on retienne le nombre. Autrement, on est loin de “... une sĂ©rie de principes devront guider l’action de ceux qui seront Ă©lus aux prochaines Ă©lections, le plus important de ces principes consistant Ă  reconnaĂźtre, une fois pour toutes, que l’impĂŽt foncier a Ă©tĂ© instituĂ© pour nulle autre chose que pour offrir des services rattachĂ©s Ă  la propriĂ©tĂ©...” Un programme, 14 thĂšmes, 56 engagements, pour bĂątir une ville Ă  la mesure des citoyens, ACQ 2001.
Je conclus. Le PDAD a Ă©tĂ© Ă©laborĂ© en vertu de statistiques dĂ©mographiques optimistes et pour une pĂ©riode trop courte. Il y a eu de l’information de livrĂ©e aux citoyens mais l’existence du trou dĂ©mographique a Ă©tĂ© escamotĂ©. Il n’y a pas eu de comprĂ©hension, d’apprĂ©hension ni de dĂ©bat entre citoyens volontaires sur notre rĂ©alitĂ© dĂ©mographique. Quand il s’agit des actifs et de la dette qui seront laissĂ©s Ă  la gĂ©nĂ©ration suivante ainsi que du nombre de celle-ci, ne prĂ©voir que 20 ans d’avance, c’est trop court. Henripin suggĂšre 30 ou 40 ans. C’est sans tenir compte du retard Ă  intervenir qui dure depuis 20 ans.
En novembre dernier, les Ă©lecteurs se sont donnĂ©s 25 nouveaux conseillers sur 37 et vous Mme la Mairesse. Bien que tout juste adoptĂ©, le PDAD m’apparaĂźt devoir ĂȘtre rĂ©visĂ© pour manque de fondement et de portĂ©e d’abord mais pour revirement politique de l’ACQ au RMQ aux derniĂšres Ă©lections ensuite.
 
La population doit ĂȘtre imputĂ©e Ă  titre de ressource et de bĂ©nĂ©ficiaire. La question de son dĂ©clin en nombre Ă  moyen et long terme n’a pas Ă©tĂ© portĂ©e largement Ă  sa connaissance ni dĂ©battue lors de la rĂ©cente Ă©lection. La population n’a pas eu l’occasion de faire un choix Ă©clairĂ© sur ses ambitions dĂ©mographiques Ă  termes et moyennant un aperçu coĂ»ts/bĂ©nĂ©fices. Je ne parle pas de signature de registre mais de rĂ©fĂ©rendum. L’élection doit demeurer en prioritĂ© pour le choix d’un reprĂ©sentant par district et d’un ou une mairesse.

Robert Lachance
2 0ctobre 2006
 
Annexe A
Jacques Henripin, NaĂźtre ou ne pas ĂȘtre, 1989, page 66 et 67, version PDF.
Si l'on suppose que les migrations sont nulles (ou plutĂŽt que l’immigration est exactement compensĂ©e par l'Ă©migration) et si l'on se donne une hypothĂšse vraisemblable concernant la mortalitĂ© future, on peut estimer ce que sera la population, d'ici une centaine d'annĂ©es, selon que la fĂ©conditĂ© future sera plus ou moins forte. C'est ce qu'ont fait les dĂ©mographes du Bureau de la statistique du QuĂ©bec, Ă  l'occasion d'un exercice dont ils ont bien voulu nous communiquer les rĂ©sultats. Attention: ce ne sont pas lĂ  des prĂ©visions; il s'agit de calculs permettant de savoir de façon trĂšs prĂ©cise ce qui arriverait si telle ou telle
hypothÚse se réalisait.
 
AprĂšs la trĂȘve? On a supposĂ© que la mortalitĂ© continuerait de baisser, lentement, jusqu'en 2010. La vie moyenne Ă  la naissance serait alors de 76,2 ans pour les hommes et 82,7 ans pour les femmes, soit une moyenne de 79,5 ans. Cela est plutĂŽt conservateur, les dĂ©mographes le sont presque toujours dans ce domaine, mais tout Ă  fait vraisemblable. Quatre niveaux de fĂ©conditĂ© ont Ă©tĂ© retenus, qui correspondent aux descendances suivantes: 1,2, 1,4, 1,8 et 2,1 enfants. Ces niveaux sont atteints entre 1986 et 2000 suivant le cas, mais cela importe assez peu quant aux rĂ©sultats Ă  long terme, qui intĂ©ressent ici.
 
Que deviendrait alors la population du Québec? Les résultats apparaissent au tableau
8.2. Ceux de la derniÚre colonne sont presque sans surprise: un niveau de fécondité
 
TABLEAU 8.2. Population future du Québec (1986-2086) suivant diverses descendances finales (nombres en milliers) N.B.: - La vie moyenne atteint 79,5 ans en 2010 et reste ensuite à ce niveau. Il n'y a pas de migration.
 
année
1,2
1,4
1,8
2,1
1986
6754
6754
6754
6754
2000
6953
7065
7198
7626
2010
6844
7044
7351
7960
2020
6520
6821
7317
8288
2030
5933
6346
7082
8414
2040
5157
5673
6663
8360
2050
4301
4920
6170
8328
2060
3520
4225
5742
8321
2070
2867
3634
5392
8366
2086
2050
2843
4881
8423
 
Source. Bureau de la statistique du Québec, résultats non encore publiés.
 
correspondant Ă  2,1 enfants par femme fait passer la population de 6,8 Ă  8,3 millions vers
2020, grùce à l'inertie des mécanismes démographiques, dont nous venons de parler. En-
suite, les effectifs sont stables.
 
Les trois autres niveaux de fécondité produisent d'abord une légÚre augmentation; un
sommet est atteint entre 1998 et 2013, suivi d'une certaine stabilité temporaire. Ce n'est
qu'à partir de 2020 que la baisse est nettement engagée (ou 2010 si la descendance est 1,2 enfant). Le rythme de croisiÚre, si l'on peut dire, est bien établi à partir de 2040: en dix
ans, la population diminue de 7% si la fécondité se fixe à 1,8 enfant, 13% si elle se stabilise à 1,4 enfant et 17% si la descendance est de 1,2 enfant. Ces taux se maintiennent par la suite.
 
Ces évolutions conduisent à des effectifs fort réduits par rapport à ceux d'aujourd'hui, sauf évidemment si le nombre d'enfants par femme se maintient à prÚs de deux. En 2086, la population du Québec ne serait plus que de 28 à 70% de ce qu'elle est maintenant: deux à cinq millions d'habitants.
 
Ces calculs ignorent le rÎle possible des migrations. Si la «tradition» québécoise se
maintenait, c'est-Ă -dire si le QuĂ©bec continuait Ă  ĂȘtre perdant dans ses Ă©changes avec l'extĂ©rieur, les rĂ©sultats rapportĂ©s plus haut seraient plus faibles. Nous n'allons pas augurer de l'Ă©volution future des courants migratoires et de leurs effets Ă  long terme sur les effectifs, mais nous pouvons donner une idĂ©e de l'effet d'une migration nette (positive ou nĂ©gative) de 10 000 par an, soutenue de façon constante pendant une pĂ©riode indĂ©finie, en faisant des hypothĂšses raisonnables sur la mortalitĂ© et la fĂ©conditĂ©. Voici l'effet approximatif de cette migration nette annuelle de 10 000:
 
Au bout de 10 ans: 150 000
Au bout de 25 ans: 350 000
Au bout de 50 ans: 710 000
Au bout de 75 ans: 1 050 000
Au bout de 100 ans: 1 370 000
 
Ces nombres sont à ajouter ou à retrancher des résultats du tableau 8.2, suivant le
sens de la migration nette. L'effet n'est pas négligeable. Pour combler ou prévenir un «déficit» de trois millions d'habitants au bout d'un siÚcle, il faut une migration nette positive de
22 000 par an. Mais il s'agit bien de migration nette. Le nombre d'immigrants nécessaires
pour obtenir ce solde peut ĂȘtre cinq fois plus grand, si la propension Ă  Ă©migrer est forte,
chez les immigrĂ©s eux-mĂȘmes, leurs descendants ou chez les personnes Ă©tablies depuis
longtemps.
 
On voit donc qu'à long terme, une faible fécondité a des conséquences importantes.
Il y faut du temps, cependant: trente ou quarante ans au QuĂ©bec. Une rĂ©duction de la population de 1% par an (donc de 25% environ tous les quarts de siĂšcle) est-elle un dĂ©sastre? Être quatre millions en voie de dĂ©croissance dans 70 ans, ce n'est pas la mĂȘme chose que le mĂȘme nombre en voie de croissance il y a 40 ans. Deux aspects doivent ĂȘtre distinguĂ©s: le nombre des habitants et la vitesse de croissance.
L'importance du nombre
 
Le nombre des habitants d'un territoire détermine en partie la dimension des marchés, dont dépend l'efficacité de la production, du moins pour une part. Le libre-échange, plus facile à proposer qu'à implanter, peut compenser pour la petitesse des marchés intérieurs, mais difficilement pour les produits associés à la langue ou à la culture. Et il n'y a pas que l'aspect économique: la qualité des productions intellectuelles dépend grandement de la densité des artisans qui les produisent. Cela vaut pour les découvertes scientifique comme pour la littérature, le théùtre ou la musique. Il y a cependant un avantage au petit
nombre: la nature est plus accessible Ă  chacun.
 
L'intĂ©rĂȘt de la croissance
 
La plupart des économistes qui ont réfléchi au lien possible entre taux de croissance
démographique et vigueur économique, croient qu'il y a probablement un lien positif entre
les deux. La croissance du nombre des consommateurs assure mieux l'expansion des marchés, encourage la formation du capital dans les secteurs publics ou privés, rajeunit l'ùge moyen de ce capital, bref entretient un climat propice aux affaires. L'économiste québécois Georges Mathews (1984) a fait de ces questions l'essentiel de son plaidoyer en faveur du redressement de la fécondité et il y a certainement une grande part de vérité dans cette position. On pourrait ajouter que dans une perspective de réduction de la population, il devient encore plus malséant pour un gouvernement de faire porter aux générations futures le poids des dettes accumulées.
 
Tout compte fait, on ne voit pas quel avantage net une société peut tirer de sa dé-
croissance démographique. Elle risque au contraire de perdre un précieux stimulant.
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