les Mykels
par Richard Baillargeon et Léo Roy

Une certaine fébrilité, mêlée de curiosité, règne sur le plateau de l'émission Jeunesse Oblige, en cette fin de saison. Déjà l'été s'installe et l'atmosphère porte à un peu plus de légèreté. Comme à chaque semaine depuis quelques mois, un ensemble de jeunes musiciens figure parmi les invités. Encore une fois, l'équipe de réalisation anticipe le résultat puisque les membres de ces groupes, souvent peu habitués aux studios, doivent s'exécuter sans filet, en direct, pour un public friand de nouveautés. Dans la plupart des cas, le montage de plateau est assez simple : deux ou trois guitares, une batterie tout ce qu'il y a de plus standard et un ou deux micros.

Avec la formation invitée aujourd'hui, voilà que les choses se compliquent un peu ! Il faut d'abord installer l'orgue Hammond, ce meuble massif dont le groupe ne peut se passer. Ensuite, on doit prévoir la mise en place pour six musiciens, dont le principal chanteur est aussi le batteur. Il faut changer le micro... Mais, déjà, c'est la minute de vérité ! Dans 4 secondes, 3, 2, 1 : l'orgue et le saxo attaquent à l'unisson, dans ce qui semble un dialogue avec la section rythmique. Après quelques mesures d'introduction, une voix s'élance :

Boum boum boum boum
En entrant dans la vie
Comme un coup de folie,
Comme une explosion...

L'adaptation de Georges Aber et André Salvet du récent succès des Animals marque ainsi la naissance, sur les ondes montréalaises, de ces fameux Mykels dont la réputation n'a cessé de se propager, dans les conversations du milieu musical, depuis plus d'un an.

En fait, le noyau du groupe existe depuis l'été 1961, le 3 juin plus précisément, au moment où Claude Royer et Jean-Pierre Leblanc se joignent à deux membres des Thunderstreaks de McMasterville, localité voisine de Beloeil. Ceux-ci se nomment respectivement Michel Piché et Michel Durocher. Le premier est accordéoniste, le second est batteur. Claude pour sa part est guitariste et Jean-Pierre se débrouille pour tirer la partie basse sur une guitare régulière amputée des deux cordes jugées encombrantes ! La nouvelle formation se baptise du nom de Michaels, puisque deux membres du quatuor portent ce prénom. Âgés de seize à dix-sept ans, ils interprètent les succès du jour et quelques standards pour distraire leurs premiers publics et plus particulièrement leurs confrères étudiants de l'école Saint-Mathieu à Beloeil. Au menu : rock 'n roll, twist, paul-jones, chansons françaises, danses latines et autres nouveaux pas. Le printemps suivant, le frère de Jean-Pierre, Jacques Leblanc, qui se débrouille assez bien à la guitare, est invité à se joindre au groupe. On pourra ainsi reproduire plus fidèlement les solos de plus en plus sophistiqués des succès instrumentaux à la mode. À l'automne 1962, s'ajoute un instrument qui tiendra une grande place dans le son futur du groupe : Jean-Pierre se procure son premier saxophone, instrument pour lequel il démontre une étonnante facilité. C'est aussi à cette époque qu'ils prennent l'initiative des après-midi dansants au Club Licérama, une pratique qui durera pendant deux ans, à tous les week-ends. C'est également une façon agréable et très motivante de roder leurs nouveaux morceaux. En février 63, Serge Vincent devient le sixième membre du groupe; l'ajout de sa basse électrique, fait dorénavant des Michaels de vrais pros !

  • À quelle occasion le groupe se démarquera-t-il de ses contemporains pour la 1e fois ?
  • Pour combien de compagnies de disques différentes les Mykels vont-ils enregistrer ?
  • Survivront-ils à l'époque des discothèques ?


Vous trouverez la réponse à toutes ces interrogations en vous procurant Rendez-vous 97 qui contient l'histoire détaillée de 10 groupes yé-yé incluant les Mykels.