volume IV numéro 5 (août 2003)

Le Diable Volant, à tous ceux que les présentes verront, salut.

Histoire et moeurs des flibustiers

Avis est donné qu'un nouveau texte intitulé Réguliers corsaires... ou forbans est maintenant disponible à l'adresse suivante : http://www.geocities.com/trebutor/Livre/1F/1679_1682.html. Ce texte relate les aventures des flibustiers de Saint-Domingue et de la Jamaïque durant les années 1679 à 1682 inclusivement, période (comme le titre l'indique) où ces aventuriers exercèrent leur métier aux limites de la légalité. Il y est question, entre autres, des activités de certains flibustiers français sur l'épave d'un galion espagnol dans les Bahamas, de la première entreprise sur le littoral pacifique de l'Amérique centrale et aussi de divers actes de piraterie, dont le plus fameux fut la prise de Trompeuse. Parmi les principaux personnages de cette période, l'on retrouvera ou découvrira les Français Grammont, Blot et Bréha, les Anglais Coxon, Sharpe et Paine ainsi que les Néerlandais De Graff, Evertsen et Yankey.

Figures de Proue

Avis est donné que les entrées biographiques commençant par les lettres A, E et F ont été entièrement revues et corrigées :

Avis est aussi donné que ces pages, de même que toutes les autres qui ensemble forment Les Figures de Proue (un dictionnaire biographique de la flibuste), sont l'oeuvre de votre serviteur, de sorte qu'elles ne peuvent être reproduites (en totalité ou en partie) sans l'accord de l'auteur, lequel accord n'est habituellement pas difficile à obtenir.

Archives de la flibuste

Avis est donné que la section archives du Diable Volant ne sera plus mise à jour - elle ne l'est d'ailleurs plus depuis de nombreux mois - et sera éventuellement remplacée par une autre section qui contiendra encore des transcriptions de documents d'archives (en extrait ou in extenso) mais en beaucoup moins grand nombre.

Avis divers sur la flibuste

Chasseurs d'épaves à Hispaniola

Avis nous est donné par Dominique Mirot, de la Martinique, qu'à compter de janvier 2004 une équipe d'archéologues et de plongeurs, commanditée par la firme américaine Adventure Pointe, explorera les environs de l'île à Vache, à la côte sud-ouest de l'île Hispaniola (en république d'Haïti). Le but de cette expédition : retrouver l'épave de la frégate anglaise Oxford, qui explosa à l'île à Vache le 12 janvier 1669.

L'Oxford, une frégate de 34 pièces de canons, fut armée en Angleterre en 1668 par un groupe de marchands et d'hommes d'affaires pour servir de navire amiral aux flibustiers de la Jamaïque dans leurs expéditions contre les Espagnols. Peu de temps après son arrivée à Port Royal (le 24 octobre de la même année), son capitaine nommé Hackett trouva la mort lors d'une querelle avec l'un de ses officiers. Le gouverneur de la Jamaïque, Sir Thomas Modyford, donna alors le commandement de l'Oxford à un flibustier expérimenté, Edward Collier, avec un équipage de 160 hommes et une commission pour prendre sur les Espagnols. Le 8 janvier, Collier jetait l'ancre à l'île à Vache où il se saisissait d'un corsaire malouin nommé Vivien sous prétexte que celui-ci avait pillé un petit navire anglais venant de Virginie. Là, se trouvaient aussi d'autres flibustiers anglais, dont le capitaine Henry Morgan, qui devait les commander en chef pour aller attaquer la ville de Cartagena (aujourd'hui en Colombie). Mais alors que tous les capitaines étaient à fêter à bord de l'Oxford, quelqu'un mit le feu aux poudres et le navire explosa, emportant dans la mort plus de 200 hommes.

À notre connaissance, aucun document contemporain ne donne l'endroit précis où se déroula cette tragédie. Il existe deux relations connues de celle-ci. La première est l'oeuvre d'Exquemelin, dont nous ignorons s'il en fut ou non un témoin oculaire. Voici ce qu'il écrivait à propos de l'explosion de l'Oxford :

...Morgan fit venir tous les capitaines des vaisseaux aventuriers pour tenir conseil au sujet de la place qu'on attaquerait et voir quelles forces on avait et pour combien de temps on avait de vivres. Pendant qu'on tenait conseil, on buvait à la santé du roi d'Angleterre et à celle du gouverneur de la Jamaïque. Si les capitaines se réjouissait dans la chambre, les autres faisaient de même sur le tillac et jusques aux canoniers; tout était pris de vin. Il arriva par je ne sais quel malheur que le feu se mit aux poudres, et le navire sauta avec tout le monde qui était dessus.

Comme les navires anglais ont leurs soutes à poudre sur le devant, au lieu que les autres nations les ont sur le derrière, ceux qui étaient dans la chambre n'eurent aucun mal que de se retrouver à l'eau sans savoir comment cela était arrivé. Mais tout le commun peuple fut perdu, en sorte qu'il y eut plus de trois cent cinquante hommes de noyés. Le capitaine malouin et ses officiers se sauvèrent aussi, car ils étaient avec les officiers dans la chambre. Quelques Anglais dirent que c'était les Français de l'équipage du Malouin qui avait causé ce désordre. C'est pourquoi ils s'assurèrent de son navire mieux qu'auparavant et ne tardèrent guère à l'envoyer à la Jamaïque pour le faire adjuger de bonne prise, le menaçant outre cela de le faire pendre.

Les flibustiers furent quelque temps occupés à pêcher les corps de leurs compagnons, non pas pour les enterrer mais à cause que la plupart avaient des bagues d'or aux doigts, comme c'est la mode parmi cette nation.

EXQUEMELIN, Alexandre Olivier, Histoire des aventuriers flibustiers qui se sont signalés dans les Indes, etc., Jacques Le Febvre, Paris, 1699, tome 2, pp. 70-72; pages transcrites à partir d'une copie numérisée et hébergée sur Gallica, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France.

La seconde relation de l'affaire fut écrite par Richard Browne, chirurgien à bord de l'Oxford, qui lui fut l'un des rares survivants de l'explosion de la frégate. Elle se trouve dans une lettre datée du 30 janvier 1669 qu'il adressa au secrétaire d'État Joseph Williamson. Voici un extrait de cette lettre de Browne que nous avons retranscrit d'une photocopie de l'original conservé au Public Record Office (Grande-Bretagne) :

Upon the 2d of January, about 10 o'clock in the morning, there was a council of war held aboard the Oxford by Admiral Morgan, Captain Collyer, Captain Pennant, Captain Aylett, Captain Bigford, Captain Morris senior, Captain Morris junior, Captain Brewer, Captain Thornbery. And about 12 o'clock it ended, and the Captain ordered to fire 15 guns upon their design to go to attack Charthargen with these ships they had then and 2 or 3 most they expected, with monsieur La Viven's ship, which they had in possession. And all the men they could make, when we were then with our ship and all, which had 180 odd men, could not exceed nine hundred. But about 12 o'clock the scene was altered, for all the captains being at dinner upon the quarter-deck and the French captain also, the Oxford blew up and above 200 men lost, whereof Captain Aylett commander of the Lilly (late commander of the Foresight in England), Captain Bigford, Captain Morris, Captain Thornbery, Captain Whiting were all the commanders lost. There were but six men and 4 boys that belonged to the Oxford saved: Captain Collier, Mr. Thomas Vinner master, Mr. Rich. Norman master's mate, Mr. Rich. Browne surgeon, the cook; and 8 more that were aboard the French prize, some few a hunting and others washing their clothes ashore. It cannot be imagined how this sad accident happened, but suppose the negligence of the gunner in filling powder to load the guns, who little before were discharged. At the time of the blowing up the ship, Captain Whiting, the purser and myself were at dinner at the bidacle taking our dinners. The main mast jumped up out of the ship and fell upon the starboard quarter, where Captain Aylett, Captain Bigford and some other captains were walking and were all knocked on the head by the main mast, and Captain Whiting who was on my right hand and the purser on my left, and was out-angled in the awning and so drowned. And thank be to God I am escaped. I lonely heard a great rushing noise, with fire and smoke, and the battlements of the awning being on fire fell upon me. And immediately I felt the deck give way and was in the water over head and diver, and presently bore up again and saved myself by getting astride upon the mizen mast. There were not above 20 persons of all sorts of people from other ships and our own company that were saved and most of them much hurt, all them that were upon deck or any part of the ship were all lost except those upon the quarter-deck.

Boats coming to save those were upon the wreck, they carried us upon Captain Viven's ship, which before we had taken. And upon the 6th of January, Captain Collier set sail in her for Jamaca.

lettre de Rich. Browne au secrétaire d'État Williamson, Port Royal (Jamaïque), 20/30 janvier 1668/9, The National Archives of the UK: Public Record Office CO 1/33, no. 103A. (Copyright © Crown copyright)

Selon toute vraisemblance, il ne devrait pas rester grand chose de l'Oxford, lequel ne portait ni métaux ni pierres précieuses, puisque ce navire n'avait fait aucune prise depuis son arrivée aux Antilles, sauf le corsaire français qui n'était guère riche lui-même. Nous souhaitons quand même bon succès aux gens d'Adventure Pointe. Sur son site houaibe (http://www.adventurepointe.com/), cette entreprise annonce que les recherches débuteront le 2 janvier 2004, soit 335 ans après la tragédie, ce qui est inexact. En effet, le 2 janvier 1669 donné comme date de l'explosion de l'Oxford est une date selon le vieux calendrier julien alors en vigueur en Angleterre. Pour obtenir la date selon le calendrier actuel (celui adopté au XVIe siècle par la plupart des nations européennes mais seulement dans la seconde moitié du XVIIIe par les Anglais), il faut ajouter 10 jours, ce qui donne le 12 janvier 1669.

Autre détail intéressant à propos de cette affaire: le corsaire malouin nommé Le Cerf-Volant, commandé par Vivien et saisi par le capitaine Collier fut ensuite jugée de bonne prise par le gouverneur Modyford; rebaptisé The Satisfaction, il servit de vaisseau amiral à Morgan à l'occasion de sa fameuse expédition contre la ville de Panama. Toutefois, en janvier 1671, Morgan échoua la Satisfaction à l'embouchure de la rivière Chagres (côte nord du Panama): le vaisseau ne put être dégagé des récifs et dut y être abandonné.

Par ailleurs, l'Oxford n'est pas le seul navire qui se perdit à l'île à Vache à la grande époque de la flibuste. En effet, en mars 1675, le Jamaican Merchant, un navire de commerce venant d'Angleterre et portant à la Jamaïque des munitions pour les fortifications de Port Royal, y fit naufrage. Cette fois, il n'y eut aucune perte de vie humaine : parmi les passagers, il y avait... Henry Morgan qui retournait à la Jamaïque comme gouverneur adjoint. Quant à la cargaison, elle fut repêchée en presque totalité, de 1675 à 1678. Dommage pour les chasseurs de trésors!

Nouvelle édition du livre d'Exquemelin

Avis nous est donné par Roberto Barrazutti, de France, que MM. Réal Ouellet, professeur de littérature française à l'Université Laval (Québec), et Patrick Villiers, directeur du Centre de recherche en histoire atlantique et littorale (Université du Littoral Côte d'Opale), feront publier cette année une édition critique du livre d'A. O. Exquemelin, Histoire des aventuriers flibustiers qui se sont signalés dans les Indes, etc.; les éditeurs seront Les Presses de l'Université Laval et Les Presses de la Sorbonne. À cette occasion, le Diable Volant vous invite à découvrir ou redécouvrir sa page consacrée à Exquemelin (légèrement revue et remaniée) à l'adresse suivante : http://www.oricom.ca/yarl/E/exquemelin.html.

Le Diable Volant : La Gazette de la Flibuste : volume IV numéro 5 (août 2003)